À toi qui as tout plaqué pour voyager (et qui le cries sur tous les toits)

Alors, tu as enfin décidé de lâcher un emploi que tu détestais pour partir en voyage. Mes félicitations.

Permets-moi de te demander, prêcheur des temps modernes, ce qui te fait croire que ton mode de vie de « néo-nomade » prévaut sur celui des autres?

Je l’ai lu, ton article sans contenu de fond louant les raisons pour lesquelles il faut absolument tout plaquer pour voyager. Je les ai regardées, les photos instagrammesques te dépeignant au bord d’un canyon, l’air heureux d’un petit pape, les bras ouverts, prêt à accueillir la vie. Tu es fier de ta décision et c’est tout à ton honneur. Mais dis-moi, cher influenceur autoproclamé, quelles mauvaises décisions as-tu prises dans ta vie d’avant, qui t’ont amenées à croire qu’il fallait impérativement tout lâcher pour voir le monde?

Et surtout, qu’est-ce qui te donne le droit de dire aux autres que c’est l’UNIQUE solution?

Je t’annonce que ce n’est pas tout le monde qui vit dans un carcan. Je t’annonce qu’il y a des gens qui sont épanouis dans leur travail. Et qui voyagent, aussi.

Il existe autant de façon de voyager que de voyageurs. Aucune de ces façons ne s’élève au-dessus des autres.

Certaines personnes n’ont aucune envie de voyager et c’est tout à fait correct. Obligerais-tu quelqu’un qui n’a aucune oreille musicale à faire partie d’un band? Il existe d’autres façons de sortir de sa zone de confort et de décrocher, que ce soit en prenant part à des compétitions sportives, en jouant de la musique, en sautant en parachute à 20 minutes de chez soi ou en jardinant. Elles sont tout aussi valables. Peut-être qu’elles ressentiront le besoin d’échapper au froid de l’hiver, deux semaines par année, en se laissant aller au farniente sur les plages du Sud, et que cela leur suffira. Peut-on les blâmer?

Il existe aussi d’avides voyageurs qui sont également passionnés par leur travail. Des gens qui ont pris des décisions qui les ont amenés à aimer leur vie de tous les jours. Ils ont peut-être une vie de famille qui les comble, des passe-temps passionnants et une vie sociale trépidante. Et tu aimerais qu’ils lâchent tout ça? Au nom de quoi, au juste? Ta recette du bonheur prémâchée n’est pas universelle.

Cela dit, je partage certaines de tes opinions; voyager est ma plus grande passion. J’ai fait mon premier voyage sac à dos à 18 ans, et depuis, les aventures se sont enchaînées. À 22 ans, je suis partie sans idée de retour, pour un voyage qui a finalement duré 1 an. J’ai fini par m’installer dans un des territoires les moins peuplés du Nord du Canada : le Yukon. Je ne saurais que trop vanter les bienfaits du voyage pour la découverte de soi.

Or, même si je suis blogueuse voyage et que j’encourage tout le monde à voyager dans la mesure de ses envies et de ses capacités, tu ne m’entendras jamais dire qu’il faut faire comme moi, qu’il faut voyager pour être heureux, et encore moins qu’il faut tout lâcher pour voyager.

Pourquoi?

Parce qu’il n’est pas nécessaire de « tout plaquer » pour voyager.

Et parce que je n’ai absolument aucun intérêt à dire aux autres quoi faire pour être heureux. Je ne suis pas le Dalaï-Lama!

À quoi bon être heureux quelques mois par année, à l’autre bout du monde, pour ensuite retourner vivre une vie qu’on déteste?

On peut aimer les voyages ET son quotidien.

Alors, tu as décidé de tout plaquer pour voyager. Tu as mis du temps à économiser, et maintenant, tu es sorti de ton métro-boulot-dodo et tu découvres que tu aimes voyager. Et puis quoi? À ton retour, que vas-tu faire, à part dénigrer le 9 à 5? Vas-tu retourner dans ton carcan? Ou vas-tu enfin faire des choix qui te rendent heureux?

6 commentaires

  1. Trés pertinent ton article, c’est vrai que les voyageurs donneurs de leçon ont aussi tendance à m’exaspérer !
    Personne n’est mieux placé qu’un autre pour dire ce qui doit ou non nous rendre heureux (même pas le Dalai Lama après tout…). Que ce soit à propos de notre mode de vie ou de choses plus simples. Je me rappelle ce gars en Thaïlande qui me demandait combien j’avais payé pour telle ou telle chose pour pouvoir se vanter d’avoir obtenu un meilleur prix que moi ou ce que j’avais vu ou fait pour pouvoir mieux m’expliquer à quel point je faisais en gros, selon lui « de la merde ». Tout cela est très subjectif…
    Certaines personnes ressentent apparemment le besoin de diminuer les autres ou de nous expliquer à quel point leur(s) choix sont meilleurs pour se sentir valorisées et ça, c’est universel !

    Pourtant, tout dépend de la façon d’aborder les choses. Je n’aime pas l’approche catégorique du « attends, je vais te dire ce qui est le mieux pour toi » mais à l’inverse, je suis fatiguée des gens qui me trouvent chanceuse parce que j’ai su donner à ma vie la ou les directions qui me plaisaient.
    Comme par hasard, ce sont souvent ces gens qui restent ancrés dans leur mal-être et ne font rien pour se poser les bonnes questions et sortir d’une vie qui ne les rend pas heureux (quelle qu’elle soit d’ailleurs). Je connais des gens qui travaillent depuis près de 10 ans dans une boite qu’ils n’aiment pas, passent leur temps à se plaindre mais ne prendront jamais le « risque » d’en changer, je trouve ça absurde !
    Bref je suis aussi POUR le bonheur et sous toutes ces formes car je pense qu’on est bien d’accord pour dire qu’il n’existe pas un modele unique et c’est tant mieux 😀

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  2. Je suis entièrement d’accord avec toi et parfois, je dois avouer que je suis coupable. Surtout quand je vois plusieurs de mes amis malheureux par la pression d’avoir toujours plus; plus grosse maison, auto plus récente, tv plus récente,….. Mais surtout quand eux après m’avouer qu’ils ne sont pas heureux ou qu’ils font qu’exister, me juge sur mon mode de vie en essayant eux-même de se convaincre que ce qu’ils font est la bonne chose à faire.

    Cependant, je ne crois pas que nous pouvons dire que c’est bon pour quelqu’un de faire un emploi qu’il déteste et ensuite faire la patate sur le sofa jusqu’au couché, jour après jour, jusqu’à sa mort. Même si ces personnes se disent heureux, la majorité auront beaucoup de regret quand ils seront sur leur lit de mort. Quand vient le temps de partir, nous pensons aux bons moments vécus et non à notre super collection d’objet (surconsommation).

    Aucune des situations ne devrait être moralisateur mais je suis ouvert au débat, au partage d’idée afin de servir tout le monde dans leur réflexion. Évidement, toujours avec respect! Bref, je crois qu’il est bon de quand même partager notre vision du monde afin de servir une discussion au lieu de se taire pour ne pas offusquer ou tout simplement parce qu’on se dit que les gens sont heureux. Je ne suis pas un fan de la pensée magique.

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