Trailer fever – L’envers du décor

Des plans qui tombent à l’eau, instabilité financière, une désillusion profonde quant à mon rêve de « travailler sur la route », déceptions, solitude, je pourrais résumer ainsi mon été jusqu’à présent.

Mon amie Laurie m’a suggéré d’écrire un article sur l’envers du décor de la vie de blogueuse. Comme je ne gagne pas ma vie comme blogueuse, je crois qu’il y a des gens mieux placés que moi pour écrire ce genre d’article. Par contre, ça m’a inspiré l’idée de vous montrer l’envers du décor de la vie de « nomade numérique » ou du moins, de mes débuts en tant que telle.

Au début du mois, j’ai voulu partager avec vous un bout de mon quotidien en partageant cette photo sur ma page Facebook avec la légende suivante : « Ma maison pour l’été ».

Camping à Dezadash Lake
Ma maison pour l’été

S’en sont suivis maintes éloges et félicitations quant à mon nouveau mode de vie. Certains m’ont confié que je les inspirais, d’autres m’ont dit qu’ils étaient jaloux, d’autres que j’avais une vie de rêve, et ainsi de suite. Chacun a interprété « ma maison pour l’été » à sa façon.

Je vais vous faire un aveu. Avant de conduire une cinquantaine de kilomètres jusqu’à Haines Junction pour partager cette photo, j’étais triste.

Le trailer qu’on voit sur la photo (qui n’est pas le mien), n’a pas d’électricité – ou plutôt, n’en a plus depuis que j’habite dedans. Comme je n’y connais rien, j’ai fait appel à quelques amis, qui ont essayé tant bien que mal de m’aider… sans succès. Je peux donc travailler au maximum 2 heures par jour, soit la durée de charge de mon ordinateur portable, que je peux recharger uniquement lorsque je roule. Et comme je ne conduis pas une Fiat, allô la facture d’essence! Moi qui voulais me faire une « retraite d’écriture » loin des distractions pour augmenter ma productivité, je me suis plutôt retrouvée à me tourner les pouces… à plusieurs heures de Whitehorse et – j’ai honte de le dire – à célébrer mon anniversaire dans la plus complète solitude.

Sans vouloir me plaindre, je veux simplement vous partager la réalité derrière cette photo et derrière la mode de vie de « nomade numérique » en général. Ça prend de l’organisation et de la débrouillardise en titi pour mener ce genre de vie. De surcroît, dans le Nord du Canada, où, hors de la ville, le réseau cellulaire est extrêmement limité et où il est quasiment plus facile de trouver une pépite d’or qu’un wi-fi public potable.

P1040824

J’essaie quand même de voir les choses du bon côté. J’apprends tous les jours. Tous les pépins que j’ai rencontrés jusqu’à présent m’ont permis d’apprendre quelque chose. Conduire (lire : se stationner) avec un trailer n’est pas aussi facile que ça en a l’air. J’ai appris à changer une crevaison (toujours utile!) Et j’ai la chance d’être bien entourée (Chad, Pascal(s), Nick, Christine, Rich, Jérôme, etc… je ne vous dirai jamais assez merci!!!)

Je réalise que les couples de nomades numériques qui partent à l’assaut du monde en camper van et qui me faisaient donc bien rêver… eh bien ce sont des couples justement! Chacun ses forces et ses faiblesses, s’il y en a un qui se démotive, l’autre est là pour lui remonter le moral, non?! S’il y en a qui connaissent une fille qui fait ça toute seule, pouvez-vous me la présenter s’il vous plaît? Heureusement, j’ai Meeko à qui me parler toute seule sans avoir l’air trop demeurée!

Si j’aime voyager seule, je n’ai jamais été un loup solitaire. En voyage, on n’est jamais vraiment seul bien longtemps de toute façon. Oh – je sais apprécier quelques jours de solitude! Mais je ne ressens pas ce besoin de m’isoler pendant de longues périodes (je n’ai pas d’enfants, ça paraît tu?!). Quelques heures me suffisent. Ensuite, j’ai envie de jaser, de voir du monde, de rire avec quelqu’un (Meeko est drôle, mais pas tant que ça), de partager une bière, n’importe quoi. Au Yukon, on parle souvent de « cabin fever » pour désigner ce besoin soudain de voir des gens, qui survient chez ceux qui vivent dans une cabine isolée au fond des bois. Dans mon cas, il s’agirait plutôt de « trailer fever » : harceler ses amis pour qu’ils viennent faire un tour au camping et écrire un billet de blogue pour se défouler font partie des symptômes.

Alors, pour ne pas sombrer dans la démence à force de recenser mes idées noires, j’ai commencé à écrire des haïkus, à commencer par celui-ci :

Great Escape mon cul

Fusionner avec Meeko

Mon premier haïku.

Je sais, les haïkus, c’est supposé d’être léger, mais bon. Ça va venir. Pour l’instant, ça me permet de me concentrer sur le moment présent. En voici un autre, je sais que vous aimez ça :

Orage au Yukon

Tambourine sur mon cocon

Pesante solitude.

Je vais m’améliorer promis.

Après cet épisode de camping plate qui m’a fait du bien mais qui n’a pas été productif du tout, je devais m’enligner pour Haida Gwaii, un voyage qui était prévu depuis 6 mois. Je me délectais à l’idée de passer 2 semaines avec mes deux amies, à PARLER et faire plein d’autres choses qui allaient me changer les idées. À quelques jours du départ, une mauvaise chicane intestine (lol) a fait en sorte que le projet est tombé à l’eau aussi vite que l’idée était apparue. Quelle déception! J’ai donc pris la direction de Carcross avec mon vélo de montagne en me disant qu’au moins si je ne pouvais pas travailler ni manger de bonnes moules fraîches, j’allais pouvoir rider. Cet épisode m’a rappelé la principale raison pour laquelle je voyage habituellement seule : pour ne pas dépendre des autres.

Aujourd’hui, ça fait exactement 3 semaines que j’ai officiellement emménagé dans le trailer (j’ai l’impression que ça fait 3 mois). Je veux travailler, mais je ne peux pas le faire autant que je le souhaite. Résultat : j’ai l’impression de ne pas faire pas grand-chose, mais je n’arrive pas à décrocher. Avec le voyage en Islande qui approche, ça me rend anxieuse. J’ai peut-être vu un peu trop grand en me lançant à la fois sur la route et dans la vie de pigiste en même temps. Sans connexion Internet, difficile de faire de la prospection de clients. Et sans salaire, difficile de relaxer dans ma chaise de camping. Si c’était à refaire, j’attendrais d’avoir un certain nombre de contrats stables avant de prendre la route. À ceux qui songent à se lancer : mettez ça dans votre pipe.

Quand tout va mal, il y a le rhum

Sur une note plus heureuse, il y a quand même de belles choses qui se sont produites.

Je ne veux pas me plaindre le ventre plein et je suis consciente de la chance que j’ai. Chaque mode de vie à des avantages et ses désavantages et c’est toujours plus vert dans le jardin du voisin. J’ai donc fait un exercice du type #gratefulfor :

  • Les amis
  • La musique et le speaker Bluetooth – meilleure décision ever que de l’apporter
  • Meeko
  • Le frigo qui fonctionne enfin.
  • Les audiobooks de Fred Pellerin de la bibliothèque de Whitehorse
  • La nature, les randonnées, le vélo, le kayak, etc. qui me permettent d’arrêter de m’en faire pour un instant.
  • Les belles rencontres
  • Le changement
  • Le trailer, même si j’ai l’air de le détester, parce que je ne pourrais pas faire ça dans une tente!

Maintenant que je suis mieux installée, je change d’endroit lundi prochain et je compte bien faire tourner le vent. Je vais me rapprocher de la ville pour pouvoir au moins accéder plus facilement aux coffee shops. Les 3 semaines qui restent devraient être mieux que les premières! En tout cas, elles ne peuvent pas être pires!

Ensuite, direction : Québec le 16 août!

À bientôt!

Et vous, comment se passe votre été jusqu’à présent?

Vous pouvez me suivre sur Facebook, Twitter et Instagram.

5 commentaires

  1. il y a toujours un petit down de caché dans les bagages lorsqu’on voyage. introuvable au depart,il apparait .parfois dans tes vetements dans ton telephone, dans ton lit.Vivre a l’instant present le maintenant le tout de suite respire la vie a la minute ou elle passe ta jeunesse et ta joie destincommunicative sont les meilleurs vaccins contre cette irritante petite vermine embarquer clandestinement dans tes bagages te fait un gros CALIN et puis une petite biere fraiche ca claire la vase bon voyage xxx eloi

    Aimé par 1 personne

  2. Sur la route en dodge caravan aménagé (plus petit que le trailer maisplus facile à stationner) depuis bientôt 2 mois entre les Usa et le Canada, c’est à dire dépendants de l’électricité émise lorsque la voiture roule (pour recharger les appareils et faire fonctionner la glacière, pas le luxe du frigo malheureusement), des connexions internet de starbucks et McDo ainsi que des douches des Travel Plaza, on comprend tout à fait ce que tu traverse. Il est vrai qu’on se fait une belle idée du voyage itinérant et même lorsque l’on croit avoir tout prévu, on traverse souvent des petits moments de « galère » qui nous divisent ou nous rapprochent… Nous sommes de tout cœur avec toi, de notre côté ce n’est que le temps du voyage, le retour à la vie « classique » se fera fin août début septembre, mais c’est une expérience unique que nous ne regrettons absolument pas! Courage, mais surtout, profites à fond de ce que tu vis 🙂

    Aimé par 1 personne

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