Rencontres à Burwash Landing

*Article invité écrit par : Catherine Bolduc-Gagnon

Arrivée dans une petite communauté où tout le monde se connaît, être l’étrangère peut devenir terrorisant. Tu cherches désespérément ta place, quelque chose de familier. La culture qui domine est fascinante, mais elle n’est pas celle qui t’a bercée depuis ton enfance. Et puis finalement, tu te laisses porter par l’inconnu et acceptes la découverte.

La petite communauté rurale de Burwash Landing, située à la rencontre de deux failles tectoniques, la Duke et la Denali, assise sur les berges du lac Kluane, entre la rivière Slim et la White, m’a accueilli ce printemps et m’a montré un nouveau visage du Yukon. Elle aura été une école remplie de personnages passionnants.

La manière Tutchone du Sud

Mary Johnson, professeur de l’école, issue d’une longue lignée de la Première Nation de Kluane, m’apprend à apprendre. Mary m’enseigne la manière de faire Tutchone, elle me raconte l’importance du territoire et m’explique comment y survivre. Elle me parle de l’éruption volcanique de la White River qui, des millénaires auparavant aurait fait fuir les Navajos plus au sud; elle aimerait connaitre ses lointains cousins. Elle me présente sa famille. Ses petits-enfants l’adorent, elle les garde et les protège, respectant les traditions familiales matrilinéaires où la grand-mère prend en charge ses petits-enfants.

Parler au Grizzly

En sirotant une tasse de thé, Geraldine, la sœur de Mary, me parle des ours. Il y a plus de grizzlys que d’humains à Burwash Landing, mais tout le monde s’en accommode. On ne craint pas le grizzly par ici, on le comprend; on sait comment s’y prendre quand il est dans les parages.

“Quand je rencontre un ours, je lui parle, je lui dis calmement que je suis sans danger, d’aller ailleurs et il m’écoute.”

Mais il y a aussi des règles strictes à respecter. Ainsi, durant certaines périodes de l’année on ne le nomme pas et on ne raconte pas d’histoires le mentionnant. De plus, au grand jamais on ne doit sauter par-dessus des excréments d’ours. Ainsi, les relations resteront bonnes avec cet animal qu’on dit presque humain sans sa fourrure.

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Photo : Catherine Bolduc-Gagnon

Kluane comme un terrain de jeu

Lorsque je rencontre mon ami Alex au bar Talbot Arm, il me parle de son amour pour Kluane. Pour lui, il n’y a pas d’endroit plus extraordinaire que la région de Kluane. Alex est né à Burwash Landing et il a grandi dans la nature de Kluane. Ses oncles lui ont montré leur savoir en l’amenant partout dans la nature. Il connaît chaque ruisseau et chaque rivière; ce sont des points de repère qui le guident dans ses déplacements comme on peut se fier au nom des rues dans une ville. Il connaît les routes ancestrales, maritimes et terrestres, qui traversent la région et mènent aux quatre coins du Yukon.

Alex me parle de la géologie unique de la région, fasciné par le Mont Logan, le plus haut sommet au Canada, et les champs de glaciers de la vallée de Shakwak, situés à quelques kilomètres de Burwash Landing de l’autre côté des montagnes de Saint-Elias. Il me parle d’or et de minéraux, des plaques tectoniques qui nous font trembler et créent la richesse minérale du sol. Ayant une cabine de l’autre côté du lac, il passe ses étés sur son bateau et parcourt les rivières et les lacs.

Le sens de l’aventure d’Alex n’a pas de limite. Ça, je l’ai bien compris quand, excité comme un enfant, il m’invite pour une promenade en bateau sur le lac encore gelé, garni de quelques minces ouvertures laissant passer les eaux profondes et glacées de Kluane. Ayant oublié les ceintures de sécurité, Alex me demande, entre deux glaces flottantes, si je sais nager, juste au cas où ça tournerait mal… Je réponds par l’affirmative, même si à quatre degrés Celcius, je ne suis pas trop rassurée. Et puis bon, à quoi bon s’inquiéter, pour Alex la vie est un jeu.

La grande famille de Burwash Landing

La maman d’Alex est un personnage tout aussi remarquable. Membre de la Première nation de Kluane, aux origines russes lointaines, elle se passionne pour la langue Tutchone du Sud, elle l’étudie par elle-même et me transmet un peu de son savoir chaque fois que je la croise. Elle pratique la médecine par les plantes et se spécialise dans plusieurs types d’artisanat local dont la fabrication de paniers d’écorce de bouleau. Sa fille, et la sœur d’Alex, quant à elle est mariée à un francophone de la région. Avec leurs sept enfants, ils travaillent sur la mine familiale et vivent des revenus de l’or. Ils passent tout leur temps dans la nature et vivent de cette dernière. Chasseurs, trappeurs, pêcheurs, chercheurs d’or, l’humanité s’enflammerait demain, ils survivraient paisiblement, sans souci.

Au fil des rencontres et des savoirs partagés, mon cœur s’est rempli d’amour pour cette communauté qui m’a accueilli chaleureusement. Merci Burwash Landing.

*Tous les noms ont été modifiés.

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