La Chilkoot Trail : le guide complet!

Après près de 5 ans au Yukon, je l’ai finalement fait pour la première fois : la Chilkoot Trail!

(Pour ceux qui se souviennent, je devais la faire à l’été 2016… puis le jour du départ, le sentier a été fermé en raison d’un ours qui est entré dans une cabane et a tout mangé la nourriture des gardes forestiers…!)

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Enfin, cette fois-ci aucun pépin et nous avons réussi l’exploit haut la main! Je vous partage ici les différentes étapes, de la préparation à la randonnée, jusqu’au retour en train à Skagway!

La Chilkoot Trail : une randonnée mythique

La Chilkoot Trail fait partie intégrante de l’histoire du territoire du Yukon. Elle commence à Dyea, en Alaska, et se termine à Bennett City, du côté canadien, et peut durer de 3 à 5 jours. Elle retrace une portion du chemin parcouru par les chercheurs d’or venus pour la plupart de la côte ouest américaine pour essayer de faire fortune dans le Nord pendant la ruée vers l’or du Klondike de 1896-1899. On connaît le reste de l’histoire…

© Parcs Canada

Traversant les montagnes et le fameux col Chilkoot, c’était loin d’être le chemin le plus facile. Mais pour les pionniers, il s’agissait du moyen le plus court et le plus économique de se rapprocher de leur rêve. À la station de pesée (les « Scales »), les pionniers devaient démontrer qu’ils avaient assez de vivres pour subsister pendant une année pour pouvoir être admis du côté canadien. Ils devaient avoir avec eux UNE TONNE d’équipement (littéralement – il fallait que tous leurs « gréments » pèsent une tonne pour pouvoir passer la frontière canadienne).

photo : MacBride Museum #3626
photo : MacBride Museum #3626

Aujourd’hui, le sentier de 53 km est de plus en plus populaire auprès des amateurs de plein air et est devenue une des plus célèbres pistes historiques d’Amérique du Nord.

Le défi

Si elle ne mesure que 53 km, la randonnée présente tout de même quelques difficultés. Elle est située en terrain rocheux, escarpé et avalancheux. Et quiconque a déjà visité le cimetière de Dyea sait que le risque d’avalanches n’est pas qu’un mythe… en effet, des dizaines d’hommes y sont enterrés à la suite du terrible avalanche du 3 avril 1898.

 

Sur la piste, les nombreux dénivelés font en sorte que plusieurs heures de marche peuvent permettre de ne franchir que quelques kilomètres à peine. Par exemple, la traversée du col Chilkoot (dénivelé : 1067 m), ne mesure que 12,7 km de long, mais peut prendre jusqu’à 12 heures. Et il faut partir tôt le matin (avant 5 h) de Sheep Camp, au pied du Col, pour éviter de se faire enfouir par une avalanche.

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Le col Chilkoot

C’est pourquoi la plupart des gens font la randonnée en 3 à 5 jours, même si c’est seulement, au total, 53 km. Ajoutez à cela le poids du sac à dos, et vous obtenez une randonnée plutôt exigeante, mais ô combien gratifiante!

Les nombreux artéfacts qui jonchent le sentier ainsi que les paysages qui changent sans arrêt, passant de la forêt humide à la toundra, sauront vous faire oublier que vous êtes en train de souffrir.

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Le sentier est parsemé d’artéfacts datant de la ruée vers l’or!
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Le col Chilkoot

L’entraînement

La piste Chilkoot est accessible à la plupart des randonneurs – il suffit d’y aller à son rythme. Sur le sentier, nous avons d’ailleurs croisé une famille de 11, incluant plusieurs enfants, qui faisaient le sentier en 5 jours. Évidemment, les enfants (dont les plus jeunes devaient avoir environ 10 ans) n’en étaient pas à leur première randonnée. Nous avons aussi croisé un groupe de dames fin cinquantaine et une fille dans la début vingtaine qui le faisait en solo.

En fait la principale difficulté ici, c’est le poids. Avec un gros sac, même la plus petite randonnée peut devenir sérieuse.

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Nos sacs faisaient respectivement 32 lbs (14,5 kg) et 41 lbs (18,5 kg)

Pour se préparer, on peut faire régulièrement des randonnées d’une journée avec un sac à dos rempli sur les épaules. Je vous recommande aussi d’avoir déjà fait des randonnées avec nuitée au préalable – cela vous aidera à mieux connaître vos limites, à adapter votre équipement, et à connaître les quantités de nourriture dont vous aurez besoin. Mis à part la nourriture, l’équipement dont on a besoin pour une randonnée d’une nuit ou de quatre nuits est sensiblement le même.

Mieux vaut prendre confiance dans un environnement familier avant de se lancer sur la Chilkoot pour plusieurs jours en complète autonomie. Il n’y a aucun réseau cellulaire sur le sentier et en cas de pépin, vous devez être en mesure de vous débrouiller.

L’organisation

Pour se préparer, on peut commencer par consulter le site Web de Parcs Canada. Pour faire la randonnée, il est impératif d’avoir un permis. On doit réserver le permis auprès de Parcs Canada, par téléphone. Il coûte 73$, tout inclus dont les frais de réservation.

Avant de téléphoner pour réserver, il faut décider à l’avance des terrains de camping où l’on passera chacune des nuits sur la piste.

Réservez tôt! En avril 2016, les mois de juillet et août étaient déjà remplis au complet, ce qui nous a forcé à revoir nos dates. (Pas cette année, j’ai appelé le jour où les réservations ouvraient! Héhé!) Les réservations ouvrent en janvier.

Une fois la réservation faite, on doit récupérer le permis le matin même du départ ou la veille, à Skagway.

On peut aussi obtenir un permis de dernière minute, selon les disponibilités, en se présentant sur place le jour même. Il faut être flexible dans ses choix d’emplacements, et c’est plus facile d’en obtenir un si on est seul ou en duo.

La randonnée

Crédit : Parcs Canada

Dans notre cas, nous avons fait la randonnée en 4 jours. Voici le plan :

  • Jour 1 : départ et nuit à Sheep Camp

  • Jour 2 : Col Chilkoot (de Sheep Camp à Happy Camp)

  • Jour 3 : De Happy Camp à Bare Loon Lake

  • Jour 4 : de Bare Loon Lake à Benett (départ en train vers Skagway à 15h15).

Nous aurions facilement pu le faire en 3 jours et partir de Happy Camp, jusqu’à Bennett la dernière journée. Le problème est que le train de retour décolle à 15h15 (et il n’y a aucun train les lundis). Nous avons donc étalé les derniers 13 km sur 2 jours de manière à arriver à temps pour le départ du train.

Le début du sentier, du côté américain, est relativement plat. En pleine forêt humide, il n’est pas rare que le sentier soit inondé. Plusieurs petites passerelles de bois permettent de passer les zones boueuses et marécageuses.

 

Puis, on arrive au col Chilkoot, comme je l’ai déjà mentionné : le principal défi de la randonnée. Un peu plus de 1000 m d’élévation – nous l’avons fait en environ 4 h. Ce qui n’est pas beaucoup considérant que nous avons eu du beau temps. Ça peut être beaucoup plus long lorsque le brouillard est épais et qu’il est difficile de repérer le chemin.

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Au sommet du col Chilkoot

Une fois le col passé, on arrive dans une zone d’avalanche qu’il est optimal de traverser avant que le soleil ne chauffe trop la neige. Les paysages changent et en altitude, les moustiques se font rare. Malgré la fatigue, ce fut ma partie préférée du sentier.

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Le côté canadien

Finalement, le reste de la randonnée est superbe aussi. La nuit et surtout le réveil à Bare Loon Lake restent bien gravés dans ma mémoire. Se réveiller au bord d’un lac plat comme un miroir au son des huards, quel bonheur!

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Bare Loon Lake

La randonnée se termine à Bennett, un village fantôme qu’il fait bon explorer en attendant l’arrivée du train.

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Équipement

J’avais comme objectif de tout faire entrer dans mon sac de 35 L. Mon copain lui avait un sac un peu plus gros que le mien – 50 L. Voici ce que nous avions dans notre sac :

  • 2 sets de vêtements chacun (pour en avoir toujours un au sec)
  • couvre-sac protecteur pour la pluie
  • ustensiles / brûleur / couteau / tout ce qu’il faut pour cuisiner et manger
  • manteau imperméable
  • savon biodégradable (nous ne l’avons pas utilisé)
  • chapeau / tuque / gants (il fait froid au sommet)
  • lunettes de soleil
  • anti-moustiques (une chance qu’on l’avait! Certaines personnes avaient des filets anti-moustiques. Personnellement je trouvais ça un peu exagéré mais si j’en avais eu un il y a des moments où je l’aurais peut-être porté. À vous de voir.)
  • Trousse de premiers soins
  • Caméra
  • Passeport / permis / carte de crédit
  • Guêtres
  • Tente
  • Sac de couchage (prenez au moins un 0 degrés. Certains recommandent un -5. Moi je n’ai pas pris de chance, j’ai apporté mon -18. Mais c’est surtout parce que je n’en ai pas d’autre…)
  • Matelas de sol

Mon sac pesait 32 lbs et celui de mon partenaire, 41 lbs.

Après coup, j’ai réalisé que j’aurais bien aimé avoir des gants, et un petit calepin et un crayon pour prendre des notes sur les infos historiques (oui je suis nerd comme ça). J’avais aussi oublié un chandail à manches longues. Si c’était à refaire je troquerais la camisole pour le chandail léger à manches longues, à cause des moustiques. J’avais aussi apporté une bâche qui ne nous a pas beaucoup servi sauf pour recouvrir mon sac pendant la pluie.

Pour la nourriture, nous sommes allés dans les classiques :

Soupe ramen maison (avec oeufs, kimchi et épinards pour les protéines et les vitamines!), riz et haricots déshydratés, couscous, et pour les lunchs, des tortillas « burritos ». Nous avions 2 repas déshydratés achetés en magasin. J’aime bien ça, mais pas tous les jours et pour moi, même à l’autre bout du monde, cuisiner en pleine nature fait partie du plaisir. J’aime mieux manger de la « vraie » nourriture la plupart du temps. Mais on ne peut négliger l’économie de poids que procurent ces repas déshydratés – Ils sont vraiment légers.

Bon à savoir :

  • Même en plein été, il faut s’attendre à affronter toutes les intempéries possible, y compris de la neige jusqu’au mois de juin, voire jusqu’en juillet.
  • En hiver, il n’y a aucun patrouilleur ni aucune mise à jour concernant l’état des sentiers. C’est donc à vos risques et périls (lire : fortement déconseillé à moins d’avoir une solide expérience en totale autonomie dans le Nord et en zone d’avalanche).
  • Il n’est pas permis de faire de feu sur la piste. Les chercheurs d’or ont déjà assez tout déboisé comme ça, aujourd’hui, on laisse le bois se regénérer! Cela implique que vous devez rapporter TOUS vos déchets. Cela fait partie de l’expérience!
  • Pas besoin de contenant à l’épreuve des ours sur la Chilkoot, puisqu’il y a des casiers à tous les camps.
  • Il est interdit de camper à l’extérieur des camps. Encore une fois, pour préserver la nature fragile en altitude.

Tous les détails de réservation se trouvent sur le site de Parcs Canada.

Dans un prochain article, je vous raconterai le retour à Skagway dans un train d’époque. Un autre type d’aventure!

Et vous, avez-vous déjà fait la Chilkoot Trail? Si oui, avez-vous des conseils? Racontez-moi votre expérience!

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