Écotourisme au Mexique : trek chez les zapotèques

Moins connus que les Mayas ou les Aztèques, les Zapotèques sont pourtant l’une des civilisations les plus anciennes du Mexique : ses origines remonteraient à 1500 avant notre ère. Au Sud du Mexique, perchés dans les hautes montagnes de la Sierra Norte, huit villages zapotèques ont mis leurs efforts en commun pour créer un circuit écotouristique qu’ils ont baptisé « Pueblos Mancomunados ». L’objectif : opter pour une source de revenus durable, tout en tentant de préserver l’environnement, la « Pachamama » tant convoitée des entreprises d’exploitation forestière et minière. De refuge en refuge, les voyageurs sont invités à aller à la rencontre des descendants de cette grande civilisation précolombienne.

Jour 1 : Se rendre… et s’acclimater

C’est début novembre, le Jour des Morts vient tout juste de se terminer et après une semaine passée à Oaxaca et tout ce que cela implique de parades, de fiestas et de frénésie, le besoin de se retrouver dans la nature se fait grandement sentir.

Le bus zigzague sur une route à flanc de montagne, qui prend graduellement de l’altitude. Coincée entre le chauffeur et le passager, qui entrent dans une grande discussion dans un espagnol cru dont je ne capte que des bribes, je laisse mon regard se perdre dans les montagnes verdoyantes de la Sierra Norte. Les voitures se font de plus en plus rares.

Notre aventure commencera à 58 km de Oaxaca, à Cuajimoloyas – « Cuaji » de son petit nom. En transport en commun, le village de 580 habitants est le plus facilement accessible du circuit. C’est donc le point de départ tout indiqué pour ce trek. Ici, plusieurs activités sont offertes aux visiteurs, y compris, assez sordidement, une tyrolienne d’un kilomètre de long passant directement au-dessus des têtes des villageois.

Aucun hébergement n’étant disponible à notre arrivée, une camionnette nous transportera au prochain village, quatre kilomètres plus loin. Nous y passerons la nuit, le temps de nous acclimater à l’altitude : en effet, notre camp de base, Benito Juárez, est perché à plus de 3000 mètres.

Jour 2 : Benito Juárez à Latuvi

Nous nous réveillons avec les premiers rayons de soleil après une nuit assez frisquette. Qui eut cru qu’une doudoune en duvet eut été utile pour un voyage au Mexique?!

Notre chambre à Benito Juarez

Le temps d’une petite promenade matinale dans le village à lancer des « buenos días » à qui mieux-mieux, et nous repérons assez facilement l’un des deux comedors, celui offrant une vue sur les montagnes. « Bonjour, aujourd’hui nous avons des enchiladas de mole ». Parfait, ça fait notre bonheur. Le mole est une sorte de pâte de piments faite maison, se déclinant sous plusieurs variations – un genre de sauce curry version mexicaine, typique de la région de Oaxaca. On nous avait prévenu que le menu était limité dans les comedors des villages, n’offrant souvent qu’un seul choix de plat, parfois le même du matin au soir.

Le village de Benito Juarez
Le village de Benito Juarez

Aussitôt le déjeuner englouti, nous récupérons nos vélos. En ce premier jour, nous avons décidé de nous amuser un peu en commençant par un léger 18 km de vélo de montagne. Quelle n’est pas notre surprise lorsqu’on nous remet de beaux vélos en état plus que convenable! Ici, un cadenas serait futile. Satisfaits, nous nous empressons de décoller tôt, pour tâcher d’échapper autant que possible aux rayons meurtriers du soleil de midi.

Le parcours commence sur une route de campagne où défilent les champs de maïs. Les points de vue sur les sommets environnants sont spectaculaires. La journée démarre en force avec plusieurs montées qui s’enchaînent. Peu habituée aux sorties en haute altitude, je peine à reprendre mon souffle. Soudain, après une montée particulièrement exigeante, j’ai une faiblesse; je dois ajuster mon rythme. Ou peut-être est-ce mon abus de mole qui me rattrape?

À peine 7 km plus tard, nous voilà déjà arrivés à notre premier arrêt : La Nevería. Le village semble endormi. Ici, c’est peut-être dimanche chaque jour… mais aujourd’hui, c’est dimanche pour vrai. On s’arrête à un mirador : une structure bricolée qui fait bien trois étages et permet d’apprécier la vue sur la vallée. Absorbés par l’ambiance bucolique qui règne, nous reprenons la route sans avoir croisé qui que ce soit.

La Neveria

Bientôt, la route de campagne que nous avions empruntée jusqu’ici se transformera en singletrack. Le sentier devient rocheux et offre même quelques descentes un peu plus corsées. Nous nous mettons à douter du chemin, lorsque le sentier nous mène directement à une propriété privée. Polis, nous descendons de notre monture pour saluer l’occupante des lieux, une dame très âgée. « Latuvi, c’est par ici »? Elle nous confirme que nous sommes sur le bon chemin, le sentier se glissant entre la maison et le champ. Elle nous serre chaleureusement la main et s’exclame : « comme c’est merveilleux que vous veniez visiter! »

Plusieurs descentes et une traversée de rivière plus tard et nous voici arrivés à notre destination : Latuvi. Nous nous dirigeons derechef au centre d’information : chacun des 8 villages en possède un. C’est en quelque sorte le quartier général des opérations touristiques. On nous présente notre « cabane » pour la nuit : plutôt un palace, selon nos critères. Propre, la chambre est équipée d’une salle de bains, d’une cuisinette et d’un beau foyer de pierre faisant face au lit. Habitués aux cabanes du Yukon sans eau ni électricité, celle-ci nous impressionne. Le balcon offre une vue imprenable sur les montagnes, que l’on peut prendre le temps d’admirer, suspendu dans un hamac. Ça tombe bien, c’est l’heure de la sieste!

Notre chambre

En fin d’après-midi, nous partons à la recherche de la « pulquería » du village – l’endroit où est fabriqué le pulqué, une boisson fermentée concoctée par les Autochtones du Mexique depuis des siècles, à partir de la sève de la plante d’agave. Doña Martha, la femme qui fabrique le pulqué, nous accueille dans son jardin. Elle nous offre un pichet de « tepache » : similaire au pulqué, celui-ci est fermenté avec du sucre de canne non raffiné. Sa couleur est plus foncée et son goût, plus prononcé, rappelle celui du cidre de pomme. Selon elle, ces boissons traditionnelles possèdent des propriétés médicinales qui aideraient à équilibrer le taux de glycémie des diabétiques, voire qui favoriserait la production de lait maternel chez les femmes qui allaitent. N’allez pas demander la teneur en alcool… on ne peut que l’estimer!

Tepache maison

Jour 3 : Latuvi – Lachatao

L’aventure se poursuit en direction Nord vers Lachatao, sur un sentier historique : le Camino Real. On croit qu’il aurait servi à l’époque à relier les civilisations précolombiennes de Oaxaca avec celles du Golfe du Mexique. À certains endroits, des vestiges drôlement bien conservés du sentier original subsistent. Nous laissons de côté les vélos car nous désirons vivre une immersion totale sur les traces des zapotèques.

La randonnée commence!

Le chemin longe la rivière « Cara de León » (Face de lion). La végétation se fait luxuriante et nous épate avec son incroyable diversité. Dans cette vallée, l’air est frais et humide : un climat parfait pour randonner.

Pause bière dans la rivière!

Le soleil de midi que nous redoutions tant ne nous tape pas tant que ça finalement, nous sommes aux anges! Au fur et à mesure que nous approchons de notre destination, quelques maisons commencent à apparaître. Ici, des épis de maïs sèchent sur le toit d’argile. Là, des morceaux de viande de bœuf sont étendus sur la corde à linge.

La randonnée sur le Camino Real

Enfin, nous l’apercevons au loin : la cathédrale de Lachatao, qui nous indique le chemin vers le cœur de ce village d’environ 250 âmes. Après avoir complété 16 kilomètres de marche, on nous accueille avec un pichet d’eau au persil et au citron : un mélange aussi étonnant que désaltérant. Bien vite, nous réalisons qu’il règne ici une ambiance unique.

Lachatao

J’apprendrai en discutant avec la femme qui gère le centre touristique que Lachatao se distingue des autres villages par son caractère contestataire. Des huit villages formant les Pueblos Mancomunados, c’est celui qui a le plus durement tenu tête au gouvernement mexicain face à l’exploitation de ses ressources. Dans le village, on s’attend à ce que chaque membre de la communauté s’investisse dans la mesure de ses habiletés. Les décisions sont prises par assemblée et le concept de propriété privée n’existe pas. « Tout est à tout le monde, et rien n’est à personne », m’explique-t-elle.

Aujourd’hui, à cause de différends politiques concernant la protection de l’environnement, le village est coupé des services publics; il se doit donc d’être entièrement autosuffisant. Des panneaux solaires servent à fournir notre hutte en électricité et les aliments qui nous sont servis ont été cultivés localement : au menu, davantage de légumes de serre que de viande.

Lachatao

Les profits du tourisme sont reversés dans la communauté afin de financer l’éducation des enfants, les services publics, les services de santé et les infrastructures. Le village reçoit à peine 2500 visiteurs par année… De quoi vivre une réelle incursion en terre autochtone… loin des foules.

Détails

Les sentiers reliant les huit villages des « Pueblos Mancomunados » forment une boucle de 100 km. Il faut compter entre 5 et 7 jours pour la compléter à pied, sans oublier le temps nécessaire à l’acclimatation. On peut également choisir de visiter les villages à vélo ou à cheval. Les visites doivent être réservées via l’agence Sierra Norte Expediciones.

On peut effectuer cette randonnée en indépendant (c’est ce que nous avons fait), mais au final les réservations des cabanes passent quand même par Sierra Norte Expediciones. Pour ces villages reculés, le tourisme permet de rapporter quelques revenus et le fait d’employer des guides locaux a un impact considérable pour la communauté. Si quelques dollars vous font hésiter, nous recommandons l’embauche d’un guide, ne serait-ce pour l’incursion culturelle et l’histoire des sentiers. Autrement, si vous avez une bonne expérience de rando, vous pouvez acheter la carte des sentiers (aussi chez Sierra Norte Expediciones).

S’y rendre : À partir de Oaxaca, il faut compter environ 1h30 pour rejoindre Cuajimoloyas par la route. Des vols réguliers relient Oaxaca (nom complet : Oaxaca de Juárez) et Montréal pour moins de 500$ l’aller-retour. Les vols font généralement escale à Mexico.

Ne pas oublier d’apporter : un filtre à eau, des collations en quantité suffisante (les choix peuvent s’avérer limités dans les villages) et des vêtements chauds pour les soirées, considérablement plus fraîches à cause de l’altitude.

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