Chroniques panaméennes

Voyager seule en Amérique centrale, c’est sortir de sa zone de confort. C’est aussi vivre des moments cocasses ou stressants, sans avoir personne à qui les raconter.

Voici trois anecdotes – rien de trop rocambolesque, mais j’avais envie de vous partager ces petits moments qui ont marqué ma première semaine de voyage.

Les billets de banque ne rient jamais

Panama City, Panama – jour 2

À l’épicerie, je paie avec un billet de 50 $. La caissière, appelons-la Gwynett, sort son cartable de procédures, et fait venir la gérante, qui procède à l’inspection complète dudit billet. Elle me demande de fournir une pièce d’identité. C’est sérieux, me dis-je. Comme je n’ai pas apporté mon passeport pour aller acheter un ramen et des épinards, je lui montre mon permis de conduire. II est quand même écrit en anglais, donc ça devrait faire.

Gwynett se met à l’examiner. « Le petit numéro en rouge, c’est le numéro de la pièce d’identité? »

– « Oui. »

Elle prend des notes. Me remet mon permis, muchas gracias.

En prenant mes sacs, mon regard se pose sur sa feuille. Comme « nom », elle a écrit « Takhini Whitehorse ». Bonne chance pour me retrouver!

Et je cry, baby ouh, à Panama City

Panama City, Panama – jour 4

Pour la première fois depuis mon arrivée, le soleil brille. Un miracle. Ce sera une belle journée, j’en suis certaine. Premièrement, parce que je m’en vais d’ici.

Ma mission aujourd’hui consiste à prendre un bus pour Boquete. Jusqu’ici, rien de bien compliqué. Je dois me rendre, en transport en commun, à la station Albrook. Et je me suis familiarisée hier avec les bus, j’ai ma petite carte et tout. Ça va bien aller. Ce sera une belle journée – ensoleillée.

J’attends. 15 minutes, 20 minutes, 30 minutes. Enfin! Il arrive. Zut, il est plein. Il continue sa route. Nous attendons une autre demi-heure avant de pouvoir monter. « Nous », c’est mon sac et moi. Parce que dans un bus bondé, un sac lourd, si je me fie aux regards qu’on lui lance, ça compte pour une personne.

Nous nous faufilons jusqu’au spot pour les handicapés. Parfait. Mon sac et moi, on ne bouge plus d’ici.

Le bus se remplit.

Les gens se rapprochent.

J’ai chaud.

Le bus est pris dans le traffic. Du traffic à 12h30. J’ajoute « chauffeur de bus au Panama » à la liste mentale des métiers que je ne voudrais jamais faire.

J’ai chaud. Vraiment, cri***ment chaud. Pourtant, le bus est climatisé. Je le sais à cause du bruit, mais certainement pas à cause de la fraîcheur. J’aperçois mon reflet dans la vitre. J’ai l’équivalent du lac Trois-Saumons dans le front et la rivière Matapédia qui me coule entre les seins. Charmant.

Ma voisine n’arrête pas de me fesser avec sa sacoche. Ça m’énerve. Plus précisément, elle me frappe au niveau de l’aisselle. Je lui fais donc le coup de la sacoche puante : je la coince sous mon bras jusqu’à ce qu’elle soit bien imbibée de sueur. Hihi. Tu l’auras voulu, insouciante.

Je sens peser sur moi le regard d’un monsieur d’un certain âge. Ça doit être la première fois de sa longue vie qu’il voit une fille suer autant. D’ailleurs, quelqu’un peut m’expliquer comment ça se fait que je suis la seule en nage ici? Autour de moi, tous les fronts sont secs. Ils doivent être faits d’un type de peau différent. Ils ont une peau imper-respirante de type Merrell, et j’ai une grosse peau de phoque faite pour garder toute la chaleur à l’intérieur. Il n’y a pas d’autre explication possible.

BON on arrive enfin! Yééé!

Je vais bientôt sortir, si Dieu le veut. Personne ne me laisse passer. Ce n’est pas grave, allez-y tout le monde, je ne suis pas pressée. Ah, tiens, un homme me laisse y aller. Beau sourire. Merci, monsieur! J’aime la vie.

En sortant, mon sac reste coincé dans le tourniquet. Ma vie suce.

En pénétrant dans la station de bus, qu’est-ce que je n’aperçois pas? Un GIGANTESQUE sapin de Noel!

Ah ben cal***. C’est le boute.

Le couchsurfing et la saison des pluies

En route vers Boquete, Panama – jour 4

Il pleut comme vache qui pisse. Le tonnerre, les éclairs et tout et tout. Le bus pour David a 1h30 de retard.

À David, je devais prendre un autre bus pour Boquete, mais un couchsurfeur, Jorge, a proposé de venir me chercher. C’est gentil ça.

Le bus prend de plus en plus de retard. J’en avise Jorge par SMS. Je me sens mal, il se fait tard et le temps est vraiment mauvais pour prendre la route. Jorge ne semble pas s’en formaliser. Il est vraiment gentil. Trop gentil?

Plus le bus tarde, et plus le petit hamster court vite. Je me fais des scénarios. Au fond, qu’est-ce que je sais de ce Jorge qui va m’emmener seule chez lui, en pleine nuit, dans la campagne du Panama? Que « Jorge Diaz », son nom couchsurfing, n’est pas son vrai nom? Qu’il s’appelle en fait Werner Salazar, et qu’il n’a pas de photo de profil? Qu’il est prêt à venir me chercher à 25 min. de chez lui, à toute heure? Qu’il me vouvoie par SMS? Me vouvoyer pour mieux me violer, oui!

J’essaie de prendre sur moi. Ça suffit, man, si c’était un violeur, il ne conduirait pas une Nissan XTrail grise.

Justement, je l’aperçois dans le stationnement de la gare. Malgré la noirceur, je distingue très bien ladite Nissan XTrail, avec un rack sur le top.

Confiante, j’ouvre la portière côté passager et lance un « hola! » enjoué pour briser la glace.

Une dame assez agée est assise à ma place et sa fille est au volant. Elles me regardent comme :

surprise

Le moins qu’on puisse dire, c’est que leur expression faciale trahit le fait qu’elles ne m’attendaient pas. Elles me regardent, je les regarde. Après quelques secondes – elles ne disent rien, la surprise les a bouche-bées. Je m’excuse et je referme la portière.

Prise d’un fou rire, je lève les yeux et j’aperçois le char de Jorge-Werner. Je monte à bord. Ma petite peur momentanée s’est envolée. Il est crampé lui aussi, il a tout vu la scène.

« Tu t’es trompée de voiture? Ça, c’est un Toyota Landcruiser ».

Same same.

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À lire également : Une heure à Panama City et Hola les lolos : en visite chez les Embera.

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